A l’aube de la Fête des vignerons, patrimoine culturel immatériel de l’humanité

Elodie Lopez, ASSH, Communication

Les costumes se reposent avant le coup d’envoi.
Du 18 juillet au 11 août, la Fête des Vignerons transformera le cœur de la ville de Vevey (VD) en une gigantesque fête à ciel ouvert. Cette tradition vivante transmise de génération en génération depuis 1797, est l’occasion de célébrer le travail viticole et la joie d’être ensemble, par la participation à une œuvre collective historique.

Tradition vivante inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO
Classée en 2016 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, la Fête des vignerons est un bel exemple d’interaction entre patrimoine matériel et immatériel par son ancrage dans le Lavaux. Considérée comme encourageant l’esprit de communauté, contribuant à la vie artistique et stimulant le savoir-faire des artisan-e-s vigneron-ne-s, celle-ci a pour but d’honorer le travail des vigneron-ne-s à travers un grand spectacle, dont l’ambition est de surpasser, les éditions précédantes.

Origine d’une tradition vivante : la célébration et décoration des vigneron-e-s
Les différentes affiches de la Fête des
Vignerons exposées à la Bibliothèque
cantonale universitaire de Lausanne.
A l’origine de la Fête se trouve la Confrérie des vignerons, constituée initialement de propriétaires de terres agricoles. Elle s’était donné mission de contrôler le travail dans les vignes de leurs domaines. La Confrérie envoie depuis des délégations pour évaluer le travail des tâcherons, qu’elle récompense dès 1797 à travers une cérémonie publique, progressivement mise en scène. Aujourd’hui, la Confrérie les décore tous les trois ans lors de « Triennales » et pousse cette cérémonie à son apogée avec l’organisation de la Fête. Le fameux « Couronnement » aura lieu le jeudi 18 juillet lors de la première du spectacle, dans l’arène.

Renforcer le sentiment de communauté 
Depuis des mois le compte à rebours
est lancé dans le centre-ville de Vevey.
Chaque Fête est portée par l’enthousiasme des milliers de bénévoles figurant-e-s qui la font vivre. Ils et elles seront plus de 5 500 à présenter le fruit de mois de répétitions menées avec dévouement. Cette aventure collective autour d’une œuvre artistique historique rassemble tous les âges (certains tableaux du spectacle réunissent jusqu’à trois générations) et horizons (la seule condition de participation est d’habiter la région). Les moments conviviaux partagés dans les caveaux – aménagés et ouverts pour l’événement – participent à concevoir cette fête comme génératrice de lien social.

Contribution au développement artistique
Le spectacle est l’occasion de réunir une panoplie d’artistes régionaux et internationaux autour de son élaboration. Il constitue ainsi une source de création artistique titanesque, enracinée dans la tradition vinicole régionale. La conception du spectacle est un premier défi d’envergure, relevé cette année par Daniele Finzi-Pasca qui alliera tradition, innovation et émotion. Les magnifiques costumes, œuvres d’art à part entière, rendront les figurant-e-s fiers, dans et hors arène. Les 900 choristes et 170 musicien-ne-s du spectacle interprèterons tant des compositions musicales ayant traversé le temps (comme le célèbre Ranz des vaches) et que des créations composées et mises en mots pour l’événement.
  
Entre tradition et innovation
L’arène côté Sud-Est et les terrasses
de la Confrérie, sur la Place du Marché.
La Confrérie ayant à cœur que chaque spectacle soit un reflet de son époque tout en respectant les traditions, certaines sont bousculées quand d’autres sont maintenues. En phase avec le 5e ODD, le metteur en scène a souhaité donner une place centrale aux femmes dans son spectacle. Ainsi, par exemple, la traditionnelle troupe militaire masculine des Cent-Suisses fera place à ses côtés à une troupe « Cent pour Cent » mixte.

Des traditions bousculées, par volonté ou par nécessité
Le budget dédié à la Fête est aussi grandiose que l’événement promis. Quitte à laisser quelques détails en chemin, davantage par nécessité que par volonté. Par exemple pour la création des costumes, confiée en mains italiennes, l’ampleur du travail dépassant main d’œuvre disponible helvétique. De même concernant le traditionnel spectacle du « Couronnement », déplacé au soir faute de billets vendus pour le matin, et dont le solde a été mis en vente à prix cassé sur un site de vente promotionnelle le temps d’une journée (le cortège matinal suivi du traditionnel banquet célébrant les vigneron-ne-s prim-é-s se déroulera alors sans savoir qui sera fêté).
A quelques jours du coup d’envoi, la Fête promet de faire vivre cette tradition avec grandeur. A ce stade, l’on peut se demander si la volonté du toujours plus grand pourra, à l’avenir, rester compatible avec le maintien de ses aspects populaires et rassembleurs, ainsi que son fort ancrage dans la région. De même, au vu de l’ampleur des infrastructures mises en place et leur caractère éphémère, la fête est-elle et sera-t-elle compatible avec les objectifs de développement durable que nous devons avoir en tête aujourd’hui ? Cet élément sera peut-être, et nous l’espérons, au cœur du défi lancé à la prochaine génération.

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